Présidentielle 2012 : Qui a dit que les Sénégalais sont dupes ?

Même comparée à celle de l’an 2000, l’élection présidentielle (du moins le premier tour), a manifestement suscité toutes les curiosités. Jamais scrutin n’avait été aussi omniprésent dans les médias internationaux. On pourrait avancer comme principale raison que c’est l’élection qui aura accaparé l’attention de par sa masse massive d’originalité.

De la candidature de Youssou Ndour en effet,  à l’entrée dans le champ politique sénégalais de Diouma Dieng Diakhaté passant par le forcing d’Abdoulaye Wade, toutes les grandes saveurs avaient été au rendez-vous pour « charmer » la presse.

Le fait que le Président sortant soit en passe d’accéder au second tour tient, comme je le disais ce matin, de la plus insondable des énigmes. Je ne comprends pas, après tant de souffrances infligées aux populations sénégalaises, tant de morts « sans auteur », tant de fautes de gestion sans correction, qu’Abdoulaye Wade sorte « indemne ». Le Pape du Sopi serait, selon toute vraisemblance, sauvé d’une cruelle déculottée.

Certains n’hésitent pas à dire qu’il doit ce salut à son privilège de Président de la République avec tous les moyens de l’Etat- expliquent-ils- investis dans la campagne électorale sans qu’il ne lui soit demandé le moindre contrôle. Il faut rappeler à ce propos qu’il suffit de jeter un coup d’œil sur la campagne pour se laisser convaincre par de telles allégations. Et de ce point de vue, l’égalité des chances semble dores-et-déjà rompue de ce seul fait. Passer dans le JT de la RTS tous les jours est déjà une campagne électorale permanente, en plus du contact continu avec les populations.

J’entretiens le secret espoir qu’à l’avenir, une législation sera faite dans le sens d’alléger cette inégalité « par défaut », à moins de la corriger. Et cela, d’autant plus qu’il nous est très difficile de faire la part des choses entre ce qui relève du Chef de parti (d’une partie) de ce qui relève du Chef de l’Etat, c’est-à-dire, chef d’un tout.

Le pourcentage de participation escompté me surprend un peu et l’explication qu’on en donne est loin de me satisfaire : la présence d’Abdoulaye Wade a découragé les électeurs. Il faut par ailleurs noter la grande prophétie contra-réalisatrice qui a bien été au rendez-vous aussi, ai-je retenu dans les considérations générales. Ils étaient nombreux à s’attendre à des scènes de violence lors du déroulement du premier tour. Je n’oublie pas au passage que quelques scènes d’agression ont été signalées notamment chez certains mackystes ainsi que chez Dia de Walfadjiri.

Malheureusement, en Afrique, cette donne est trop présente pour être décriée.

Le fait que l’ancien premier ministre d’Abdoulaye Wade ait engrangé toutes ces voix est un fait normal, j’allais dire bien prévisible. Moustapha Fall a même eu l’humilité de dire sur la RFM que c’est un mérite personnel de Macky Sall et qu’il s’y était consacré depuis bien longtemps. Cela rappelle bien à ceux qui ont toujours eu à le nier, que les Sénégalais sont loin d’être dupes.

En attendant que le ciel politique se dégage pour nous permettre de mieux y voir, la perspective nous annonce des enjeux passionnants. Reviendra dans le débat politique –si bien sûr, il y aura un second tour-, la question de l’unité de l’opposition sénégalaise. Si celle-ci décide de soutenir Macky Sall, je me demande si ce sera à la stricte condition que ce dernier accepte de signer la charte des assises nationales.

Mais, pour une fois, on peut croire que ses camarades opposant pourront surmonter les clivages traditionnels, les querelles intestines au nom de l’enjeu. Ou bien ils s’uniront, ou bien Abdoulaye Wade sera réélu. L’opposition doit choisir.

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Ousmane Gueye
Journaliste, blogueur, passionné de TIC et de sciences politiques

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