Sanar :20 ans après, le premier étudiant de l’UGB vous parle

A gauche, Mamadou B. Tall
A gauche, Mamadou B. Tall

Voici le portrait du premier étudiant de l’UGB. Aujourd’hui, Mamadou Bamba Tall vit au Canada où il sert comme enseignant. Cet article a été publié dans le journal Le Campus en 2010.

« Sanar restera un repère (…) dans nos vies jusqu’à la fin de nos jours »

Il pourrait légitimement se prétendre d’être la mémoire de notre chère cité universitaire. Les images de sa première descente au campus défilent encore dans son esprit. C’était un dimanche de l’année 1990.Le campus venait alors d’ouvrir ses portes pour la première fois. Et pourtant, rien ne préparait ce premier résidant de la chambre 14 G2C  à rentrer dans l’histoire de Sanar avec fracas : « C’est un grand honneur que de détenir la première carte estudiantine faite à l’UGB ».

Nous cherchions un témoin de la 1ère génération de l’UGB. Voici qu’après un terrible soir de chasse acharnée à l’homme, nous avions perdu tout espoir et avions donc rangé notre fusil de chasseur. Par un coup de clic magique devant l’écran d’un ordinateur, nous avons pu enfin dénicher le « gibier sacré » dans la ville multiculturelle de Montréal. Enorme prise, car notre « gibier » est  le premier étudiant de l’Université Gaston Berger de Saint Louis. C’est sous l’emprise d’une forte émotion que Mamadou Bamba Tall  a  revisité avec nous le climat de l’époque. Entre sa nouvelle résidence canadienne  et son séjour sanarois, un océan de souvenirs !

Sur les pas de Mamadou Bamba Tall

Mamadou Bamba Tall est originaire de la région de Louga. Mais il a commencé ses études primaires et secondaires à Dakar, avant de revenir les terminer dans sa ville natale. C’est là, au lycée Malick Sall où il a obtenu son baccalauréat, en 1990. Il partagea  la même classe avec un autre  réputé  « made in Sanar », Cheikh Yérim Seck, aujourd’hui journaliste à Jeune Afrique. Après son bac, Mamadou  débarqua au département de Français de l’UGB.

« Je me définis comme un éternel apprenant»

Sa Maitrise et son DEA, il partit poursuivre ses études à l’UCAD où il obtint son CAEM (Certificat d’Aptitude à l’Enseignement Moyen) et son CAES (Enseignement Supérieur).Il fit  un doctorat en Sciences de l’éducation (option planification et gestion), puis un DESS en Gestion des ressources humaines à l’Université Laval au Canada. Il étudia aussi à l’ÉNAP (École Nationale d’Administration Publique) à Montréal pour une maitrise en administration publique. Il fit également  une maitrise à l’université Sherbrooke au département de Théologie. Au total, il a étudié  dans cinq universités.

« Dans le contexte de l’époque, l’UGB s’imposait comme une évidence »

Pour ceux qui avaient les moyens d’y être orientés, l’Université Gaston Berger de Saint Louis qui venait de naitre, s’imposait. Elle hantait jusque dans leur sommeil le plus profond, les nouveaux bacheliers désireux d’un cadre idéal de réussite.

  « C’est un grand honneur que de détenir la première carte estudiantine faite à l’UGB »

Rentrer dans l’histoire de l’UGB comme premier étudiant ne fut pas de toute sinécure. L’enjeu était de taille. Les autorités universitaires le savaient. « Il y a eu des gens qui se sont empressés à s’inscrire en premier espérant avoir ce privilège d’entrer dans l’histoire de cette université. Mais au moment de faire les cartes, ceux qui avaient ce rôle ont vu toute la portée historique du moment et ont cherché à marquer le coup. Ça nous prend un nom exceptionnel, se sont-ils dits ! Et comme c’est un talibé mouride à qui revenait le privilège du choix, celui-ci a opté d’office pour un nom comme Mamadou Bamba. Certes, il y avait d’autre Bamba. Finalement, leur choix s’est porté sur Mamadou Bamba Tall. Je détiens la carte numéro 1 de cette institution et les autorités me l’ont rappelé. C’est à la fois un cadeau et un privilège ».

Un fol amour liait Mamadou aux lettres et c’est ce qui le propulsa naturellement en Français. Mais aussi, son choix pour la littérature était dicté par un « pur réalisme ». En effet,   « dans le contexte de l’époque, l’enseignement était l’un des rares bastions où l’on pouvait encore être certain de trouver du travail. Cependant, le plus déterminant dans ce choix, je pense, à été la position radicale de ma mère. Elle tenait vaille que vaille que je fasse un métier où je pouvais gagner honnêtement mon pain sans possibilité d’être corrompu ou de manger un sou illégal. Pour elle, il n’était pas question que je sois un jour, un douanier, un policier ou un juge. D’ailleurs, après ma maitrise, j’ai dû renoncer à deux concours où j’étais admissible, avant même la sortie des résultats finaux. Il ne me restait donc que l’enseignement, et elle était heureuse de ce choix. Enfin de compte, j’ai fait ce choix pour obéir à ma mère alors que j’avais d’excellentes dispositions pour réussir dans presque n’importe quelle faculté à l’UGB », explique notre interlocuteur.

« Nous y avons laissé notre jeunesse et les beaux moments de notre existence »

Mamadou évoque le Sanar d’alors avec beaucoup d’émotion. Un brin de nostalgie plane sur son discours. Evident quand  il vacille devant la fuite du temps : « Il existe des choses qu’on ne peut vivre qu’une seule fois dans la vie, et le passage à Sanar, pour nous autres, fait partie de ces choses-là ».

D’excellents rapports les liaient (ses camarades étudiants et lui) aux habitants de Sanar. « L’ouverture de l’UGB a eu des incidences sur la vie de ce village, jadis inconnu. Beaucoup d’hommes et de femmes de Sanar venaient travailler au Campus. La femme qui faisait mon linge habitait Sanar. Moi et Abdoulaye Wilane du PS avions la même lingère et nous l’aidions beaucoup. Willane est un homme généreux, il a un cœur en or ».

Les souvenirs de l’UGB lui sont encore vivaces et rien n’échappe à l’esprit de cet homme. Cheikh Yérim Seck, Tamsir Jupiter Ndiaye (journaliste à Nouvel Horizon), Lamarano Diallo (professeur de Français à l’UGB)… « Quand bien même passent les temps, les vents et les marées, les souvenirs éternellement nous ramènent au rivage ».Ce cri d’un poète appuie à suffisance les propos de Mamadou Bamba Tall.

« Insatisfait de ma condition, j’ai juré (…) de trouver une porte de sortie » Cette folle passion des lettres l’habitait. A sa sortie de l’UGB, Mamadou Bamba Tall restera toujours dans le domaine de l’éducation : « Mon parcours est tortueux mais fabuleux. Je suis naturellement allé dans l’enseignement », souligne t-il.

Dans sa carrière, son relent de contestataire et son franc-parler lui ont valu d’être souvent pointé du doigt. « Insatisfait de ma condition, j’ai juré (…) de trouver une porte de sortie, alors je me suis mis à préparer les concours pour les grandes écoles comme l’ÉNAM et autres.  J’ai réussi au concours du sélectif programme international de bourse organisé par la Fondation Ford. Cette année-là, il y avait 600 candidats pour le Sénégal et l’IFP devait en retenir 6 pour une maitrise et une personne pour le doctorat. Sur les 600 candidats, j’ai été celui qui a été finalement retenu pour le doctorat. On m’offrait alors d’aller étudier où je voulais à travers le monde tous frais payés. C’est comme ça que j’ai débarqué en Amérique du Nord ».

  « Je vis dans l’un des pays les plus beaux au monde »

A la faveur du programme international de bourse, l’ancien Sanarois posa ses valises au pays « où tout étudiant qui le peut a intérêt à s’aventurer: j’ai nommé le Canada ».

Ses rapports avec ses anciens camarades ne seront pas oubliés de sitôt: « Nous avons créé, à l’aide d’autres personnes canadiennes, une structure qui s’appelle Rafricana pour aider les étudiants à venir poursuivre leurs études au Canada ».

Son passage à Sanar laisse des traces indélébiles, heureuses d’un côté, malheureuses de l’autre. « J’étais l’auteur de plusieurs écarts de conduite que je regrette aujourd’hui. Je les mets davantage sous le compte de la jeunesse et de l’innocence ». Parmi ces écarts, on peut citer la confiscation des clefs de véhicule de certains enseignants dont le vice-recteur de l’époque ou encore une séquestration du personnel. Des personnes comme Abdoulaye Wilane « étaient actifs à mes cotés », laisse t-il entendre. Sanar ne s’effacera pas de sitôt de sa mémoire.

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Ousmane Gueye
Journaliste, blogueur, passionné de TIC et de sciences politiques

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