13 décembre 2010

L’Afrique fait peine à voir !

J’ai pesé et soupesé tout le poids de ce titre,  de crainte de le voir trop avilissant. Hélas, comme le rappelle fort bien éloquemment ce proverbe peul : « On ne peut masquer la lumière du ciel de la paume de sa main quand le Soleil décide d’éclairer la Terre ». Mieux, on ne peut empêcher le cours des choses lorsqu’elles décident d’exploser car trop contenues depuis des millénaires. La Cote d’Ivoire fait pitié à voir aujourd’hui. Si j’ai pu m’attendre à des prises de hauteur de la part des chefs d’Etat, ce fut moins chez les Africains et hélas, je ne peux chasser ma conviction qu’il en demeurera ainsi à l’avenir. Certes l’hirondelle ne fait pas le printemps, j’en conviens absolument. Néanmoins, ce sale ballet de bassesse politicienne dont Laurent Gbagbo est le seul piètre acteur n’est pas malheureusement un cas isolé. Il ne fait que grandir le trop-plein de lots de mésaventures, de déboires, d’événements honteux qui jalonnent l’histoire des régimes politiques africains.

Dès les premières heures de la Françafrique, nous avons montré notre qualité d’être des malléables et des manipulables à merci. Si la République garde encore son sens étymologique, ce serait dans des cas dont nous nous échinerons à prouver l’existence, mais croyez moi : ce serait en vain !

Nous sommes le seul continent où la pauvreté gagne  de plus en plus du terrain à mesure que nos richesses s’accumulent. Nos terres regorgent immensément de ressources, nos populations croulent sous le terrible poids de la misère. Dans bon nombre de nos Etats, la liberté d’expression et d’opinion se définit dans notre capacité à chanter nos gouvernants, à leur cirer les bottes, à leur tisser des dithyrambes  sans répit. De là, une nature dualiste construite selon un principe manichéiste : ou vous vous rangez du coté du pouvoir, vous êtes sauvé, ou vous vous invoquez votre droit à la différence, vous êtes pris pour un ennemi. D’un coté, ceux qui ont tous les pouvoirs et en vivent, de l’autre, ceux qui n’ont point de pouvoir et en meurent !

Où sont nos armées républicaines quand des hommes assoiffés de pouvoir s’agrippent à l’appareil étatique ? Souvent armées claniques qui ne jurent que par un dévouement absolu et aveugle aux humeurs et fureurs des gouvernants, nous n’en savons que trop à là où ça nous a menés ! La démocratie est un vœu pieux en Afrique. Elle y semble perdre son sens étymologique pour ne signifier que « gouvernement d’un homme sur un peuple » et non « gouvernement du peuple ». A mon avis, nous avons beau remplir les salles de l’ENA, les écoles de formation et d’administration, une immense inculture démocratique populaire continue d’entretenir la vie dure dans nos cités. Nos candidats sont rarement choisis par la pertinence et l’opportunité de leurs programmes, mais triés sur le volet pour l’enrichissement individuel qu’ils peuvent nous procurer. Nous jetons notre dévolu sur tel et tel autre selon la proximité parentale, sentimentale qu’on a de lui ou selon tout simplement son groupe ethnique. Notre pratique démocratique épouse les contours d’une démocratie irrationnelle sinon d’une démocratie tangiblement inexistante tout court.

La plupart de nos politiciens souffrent d’intelligence et de manque de hauteur démocratique. Comme l’affirme clairement Ndayigicariyé dans son article Les schémas incomplets de la démocratie africaine, nous avons des « candidats plus préparés à gagner qu’à perdre ». Devant l’inculture démocratique des populations qui y perdent tout leur latin, les programmes de nos candidats ne sont le plus souvent qu’un tissu de promesses extravagantes.

Nos chefs d’Etat rivalisent de longévité comme si le nombre d’années passées au pouvoir dénotaient d’une incroyable sagesse. Dans le starting-block des concurrents, nous retrouvons Momar Kadhafi, Eyadema et  Omar Bongo qui, au regard des « performances de longévité » ne stimulent décidément aucune rivalité tant ils ont excellé en leur genre. Avoir une fois confié les reines de l’UA à celui qui dirige la Lybie depuis 1969 est une terrible provocation contre-exemplaire sous tous les rapports. Khadafi a vécu aux mêmes temps que les Senghor, les Houphouët Boigny, les Oul Dada, vit toujours avec les lointains successeurs de ces derniers et semble n’être point dérangés à vivre encore avec les futurs petits fils de nos Chefs d’Etat actuels. Qu’a t- elle de magique, d’extraordinaire, notre pratique démocratique africaine ? La question me taraude.

A quand un réveil des populations africaines ? A quand un tribunal spécial pour condamner les usurpateurs d’urnes qui puisse faire jurisprudence ? Les maux dont souffre l’Afrique sont profonds et pour reprendre Touraine, « On ne change pas la société par décret ». Il nous faut plusieurs centaines d’années à mon avis pour forger un nouveau « homo africanus » éloigné des économies extraverties, puisant sa force créatrice des racines africaines, ouvert à la marche du monde, et qui en venant au « banquet de l’Universel », pour reprendre Senghor, aurait quand même et enfin, quelque chose à proposer et non plus, à se voir imposer. C’est cette Afrique-là, sous un Soleil matinal pleine d’espoirs, que je souhaite de tous mes vœux. Je suis sur que nous pouvons y arriver. Et cela commence par épurer notre continent des politiciens de mauvaise foi qui partent aux élections, victoire à la main !

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Commentaires

Andriamihaj
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Bon billet avec beaucoup de vérités! Je ne trouve plus rien à dire tu viens de le faire :)

Gildas Franck
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J'ai lu l'ensemble de ton texte avec beaucoup d'intérêt. Mais, pour donner mon humble avis, je vais m'appuyer sur l'espoir de changement que tu exprimes en ces mots: «C’est cette Afrique-là, sous un Soleil matinal pleine d’espoirs, que je souhaite de tous mes vœux. Je suis sur que nous pouvons y arriver. Et cela commence par épurer notre continent des politiciens de mauvaise foi qui partent aux élections, victoire à la main.»
Le souhait d'une Afrique qui change n'est pas discutable. Souffrir du manque de tout au milieu de l'abondance des ressources est inacceptable pour tout humain.
Mais, espérer le changement de ce paradoxe malheureux en commençant par l'épuration des politiques est une erreur.
Pour chacun de nous, le vrai changement ne commence pas par les autres. Il commence par soi. «Si tu veux le changement, sois toi même le changement» que tu inities. Nos politiques ne changeront pas tant que nous n'aurons pas changé nous mêmes. A commencer par ceux d'entre nous qu'on appelle «intellectuels». Les politiques ne viennent pas de la planète Mars. Ils sortent de nos rangs. Ils sont en public ce que chacun de nous est en privé. Ils font ce que bon nombre d'entre nous feraient à leur place. Alors, regardons nous à travers nos politiques comme s'ils étaient nos reflets fournis par des miroirs grossissants. Lorsque nous aurons pris conscrience de cette réalité de nous mêmes, alors nous comprendrons que ce n'est pas à eux de changer ou d'être changés en premier. C'est à nous de le faire. Soyons les exemples et les locomotives. Les autres, tels des wagons, suivront naturellement.

Merci pour ton article.

Afrique, mon Afrique...

gildas.franck@hotmail.fr

Gildas Franck K.
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J'ai posté une contribution à 16 H 58 le Mercredi 22/12.2010. Je m'y suis peut-être mal pris puisqu'il a disparu quelques temps après l'annonce de sa soumission à modération. Je vais la poster à nouveau en évitant toute fausse manoeuvre parce que je n'ose pas croire que la modération ait trouvé ce texte contraire à son éthique. Mais, si tel est le cas, je serais reconnaissant au modérateur de m'en informer par E-mail. Merci.

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Ci après la contribution.

J’ai lu l’ensemble de ton texte avec beaucoup d’intérêt. Mais, pour donner mon humble avis, je vais m’appuyer sur l’espoir de changement que tu exprimes en ces mots: «C’est cette Afrique-là, sous un Soleil matinal pleine d’espoirs, que je souhaite de tous mes vœux. Je suis sur que nous pouvons y arriver. Et cela commence par épurer notre continent des politiciens de mauvaise foi qui partent aux élections, victoire à la main.»
Le souhait d’une Afrique qui change n’est pas discutable. Souffrir du manque de tout au milieu de l’abondance des ressources est inacceptable pour tout humain.
Mais, espérer le changement de ce paradoxe malheureux en commençant par l’épuration des politiques est une erreur.
Pour chacun de nous, le vrai changement ne commence pas par les autres. Il commence par soi. «Si tu veux le changement, sois toi même le changement» que tu inities. Nos politiques ne changeront pas tant que nous n’aurons pas changé nous mêmes. A commencer par ceux d’entre nous qu’on appelle «intellectuels». Les politiques ne viennent pas de la planète Mars. Ils sortent de nos rangs. Ils sont en public ce que chacun de nous est en privé. Ils font ce que bon nombre d’entre nous feraient à leur place. Alors, regardons nous à travers nos politiques comme s’ils étaient nos reflets fournis par des miroirs grossissants. Lorsque nous aurons pris conscrience de cette réalité de nous mêmes, alors nous comprendrons que ce n’est pas à eux de changer ou d’être changés en premier. C’est à nous de le faire. Soyons les exemples et les locomotives. Les autres, tels des wagons, suivront naturellement.

Merci pour ton article.

Afrique, mon Afrique…

gildas.franck@hotmail.fr

Ousmane Gueye
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Salut mon frère
J’adhère naturellement à votre analyse sans y opposer la moindre réserve. Je suis navré quand tu m’instruis du rejet de ton commentaire. Ce n’est pas moi qui en suis responsable. Je venais de lire ton commentaire depuis ma boite yahoo et j’avais décidé de le valider après, sauf que je devais attendre pour me connecter.
Effectivement, je disais à des amis que le développement de l’Afrique commence d’abord par moi, toi-même et lui-même. Cela rappelle l’éternelle détermination circulaire qu’on retrouve entre l’individu et la société, l’œuf et la poule : qu’est ce qui détermine quoi ?
Je vois que votre analyse est absolument boudonnienne. Enfin ! Vous n’êtes pas obligé de le connaitre, mais je veux dire que cela lui ressemble.

Gildas Franck K.
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Cher frère Gueye,

Merci pour ta réponse, directe et claire. Je te présente toutes mes excuses si mon petit mot relatif à la disparition de mon premier post a pu te frustrer. J'exprimais juste une incompréhension. Faute d'explication sur la disparition du commentaire, j'ai pensé à tout, y compris à l'hypothèse d'un commentaire ne répondant pas aux normes admises sur le site. Mon souhait d'un mail de l'administrateur du site répondait donc plus à un besoin d'éclairage qu'à autre chose. Pour finir sur ce point, je te suggère ce qui suit:
1. garder les commentaires affichés jusqu'à ta validation. Ou alors, les remplacer par une phrase signalant qu'ils sont toujours en attente de validation par le modérateur.
2. Adresser un mail automatique aux auteurs des commentaires non validés.

Cette équivoque étant levée, je reviens au sujet du débat.
D'accord avec toi pour dire que ma proposition de chercher d'abord en nous mêmes les solutions aux maux de l'Afrique ressemble à une solution boudonnienne. En fait, il n'en est rien. Je demande juste qu'on commence par nous mêmes. Je n'exclue pas les autres voies. Elles sont nécessaires et, peut être, plus importantes que celles qui relèvent de chaque individu. Je veux éveiller la conscience des africains sur nos responsabilités individuelles. Mon option vise surtout à agir contre cette attitude constante de fuite de responsabilité qui consiste à voir les insuffisances d'abord chez les autres. Moi, je vis en Afrique. Je m'intéresse depuis longtemps à nos organisations sociales (famille, associations, syndicats, partis politiques, etc.). Je constate régulièrement que, face aux problèmes à résoudre, l'analyse des causes et des solutions porte toujours sur les autres (l'environnement, les événements, les adversaires réels ou supposés, les soutiens, etc.). Presque jamais sur le groupe ou ses membres (Choix, actions, dysfonctionnements, insuffisance, etc.). Naturellement, les mêmes causes conduisant aux mêmes effets, les problèmes, au lieu d'être résolus, sont déplacés et amplifiés. Au final, cela donne le sentiment désagréable de personnes refusant le progrès et le développement pour le groupe auquel ils appartiennent.
A cet effet, j'aime souvent rappeler aux responsables d'organisation que je côtoie cette maxime de la pensée systémique qui affirme que «les problèmes d'aujourd'hui viennent des solutions d'hier».

C'était là, brièvement présenté, le fond de la pensée que j'exposais dans mon premier post.

Pour finir, je réitère mes excuses pour notre petite incompréhension. Devant une page qui a disparu, je n'ai pas su traduire mon désarroi sans frustrer. Je m'en excuse sincèrement.

Bonne continuation à ton blog.

Afrique, Mon Afrique...

gildas.franck@hotmail.fr

Ousmane Gueye
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Salut cher Franck
C’est maintenant que je suis frustré (rire, c’est une plaisanterie) quand tu me demandes des excuses. Dieu sait que ton écriture ne m’a jamais frustré, au contraire, elle m’a fait énormément de bien. Peut être qu’en me lisant (dans ma réponse), tu as cru que je n’appréciais pas ta manière de me rappeler que ton commentaire avait disparu. Tu sais, sans te connaitre déjà, je t’apprécie beaucoup, et surtout, en vertu de la qualité de tes suggestions et de la pertinence de tes idées. Devant ces avantages que tu présentes, je pourrais tout objecter sauf de la frustration. Je t’assure que je suis entièrement rassuré en te lisant car je sais qu’un « Frank » multiplié par 1000 pourra donner les premières ailes à l’envol de notre Afrique vers le développement.
Je conviens parfaitement de ton analyse quand tu dis que les gens sont enclins à attribuer la responsabilité aux autres lorsque les choses tournent mal. Je suis entièrement d’accord sur ça. C’est dans ce cadre qu’on dit souvent que la victoire a un père, mais la défaite est orpheline. Autrement dit, les hommes sont plus prompts à revendiquer un bel acte qu’un vil acte.
Pour ce qui est de la gestion de commentaires, c’est toi qui m’apprends que je pouvais faire comme tu l’as dit : « 1. garder les commentaires affichés jusqu'à ta validation. Ou alors, les remplacer par une phrase signalant qu'ils sont toujours en attente de validation par le modérateur.
2. Adresser un mail automatique aux auteurs des commentaires non validés ».
Je ne savais pas que c’était possible. Je m’en vais tout de suite configurer alors les commentaires.
Au contraire et enfin, c’est moi qui dois te présenter des excuses pour l’incompréhension. Prendre ta plume et user de ton temps pour commenter mes écrits me fait énormément de bien. Tu ne mérites donc pas d’être mal compris.
En plus, je serai honoré de garder le contact avec toi.
Gueye
N.B: Avant de t'écrire ce message, je suis allé sur commentaires.Mais j'ai pas pu les paramétrer.Après, surement tu avs m'expliquer.

Gildas Franck K.
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OK. Gueye, nous nous sommes compris.
Sur les aspects informatiques de gestion de ton blog, je suis prêt à partager ma modeste expérience avec toi. Tu as mon adresse E-mail, nous pouvons échanger directement pas mail pour éviter de surcharger ton blog.
Nous pouvons même échanger oralement sur skype si tu le veux. Je tiens mon adresse skype à ta disposition par mail.

Bonne continuation.

gildas.franck@hotmail.fr