Université Cheikh Anta Diop de Dakar : Chronique d’une tempête démographique en action

Étiquettes
18 avril 2011

Université Cheikh Anta Diop de Dakar : Chronique d’une tempête démographique en action

A la descente du bus, après quelques pas, l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar… Un grand chantier, ouvert depuis quelques mois m’accueille devant la grande porte. Je réussis à le contourner-sinon à le franchir- pour me retrouver dans l’enceinte de l’établissement universitaire.

Ici, ce n’est pas Sanar, siège de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. C’est en effet en vain que je m’attendrais à voir nos vaches et chèvres, notre beau paysage dont le feuillage touffu des arbres vient couronner le tout. Point de talibés-mendiants aussi.

Un peu comme d’habitude, je récidive sur le vocabulaire. Les Universités de Dakar et de Saint-Louis ne partagent pas les mêmes dénominations quant à l’appellation des locaux et de tout ce qui renvoie au volet pédagogique. Arrivé, je demande- si ma mémoire ne me trahit pas- le village H. Drôle ! Les étudiants dakarois ne parlent pas de « village », mais plutôt de « pavillon ».Arrivé là où on garde les clefs des chambres universitaires, je demande la « conciergerie », drôle encore puisqu’on parle ici de « casier ». Devant toutes ces nouveautés auxquelles il me faut immédiatement m’accommoder de crainte de passer pour un Martien, je dus me convertir.

Sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop, la vie n’est pas des plus aisées. Il faut absolument présenter sa carte d’étudiant pour entrer dans les restaurants. C’est pourquoi, fait bien connu ici : quand on perd sa carte, elle est immédiatement récupérée par d’autres qui la façonnent à leur identité. Difficile sinon impossible comme à Saint-Louis de reconnaitre les étudiants qui arrivent de partout. Conséquence logique : de monstrueuses files indiennes pour accéder à la restauration sous le contrôle austère des gardes à la porte.

Les étudiants qui se confient à mes interrogations me font savoir qu’ici aussi, chaque année se passent de terribles prises à parties concernant la course pour disposer d’une place dans les amphithéâtres au moment des cours. Pour espérer s’asseoir, il faut se réveiller à 6 heures du matin, s’assurer qu’on a une place pour le cours qui commence à 8 heures. Je me demande comment survivent les étudiants les plus chétifs, les plus nonchalants comme moi.

Dans les chambres, c’est un surpeuplement au-delà de toute expression. Près ou plus de huit personnes allant jusqu’à neutraliser tout l’espace d’où l’obligation d’effectuer ses prières quotidiennes dans les couloirs.

Avec ses 50.000 étudiants-approximativement-, L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar bat tous les records au Sénégal. Aucune autre Université ne se risquerait à lui voler la vedette en termes de surnombre.

Serait-il juste de mettre cela en correspondance avec toute cette saleté qu’on trouve dans les toilettes dont il est quasiment impossible d’assurer la propreté ? Je ne m’y risque pas. Je veux bien me contenter de poursuivre ma description.

Les eaux usées, à l’instar de celles-ci juste à l’entrée du pavillon H constituent un véritable défi au bien être étudiant. Qui sait si elles ne sont pas entretenues par les femmes qui s’occupent du linge à côté ?

Les étudiants en provenance du Gandiol sont loin de sortir de l’auberge. Eux aussi ont passé et passent encore des nuits dans les couloirs. Ce n’est pas tous certes puisque la plupart sont logés dans l’enceinte de l’Université et d’autres encore dans les environs.

Surnommée « Usine des chômeurs », il sera très difficile d’humaniser cette Institution universitaire qui a formé et continue de former de très éminentes sommités dans le monde. Des mouvements d’étudiants, de professeurs, de la grogne quasi quotidienne concernant le bien être, un cocktail terrible et monstrueux…

Partagez

Commentaires

mamadou dit doudsar
Répondre

tout d'abord je voudrais commencer par vous adresser mes sincères remerciements pour avoir créer ce blog qui pourrait etre un centre d'idées et de pensées rationnelles pour le gandiol. sans nulle doute,monsieur GUEYE vous ne vous etes pas trompé quand vous évoquez d'une telle façon la situation de vécu quotidien des étudiants gandiolais de l'Université Cheikh Anta Diop;en effet,dans ce temple il y'a tout sauf les conditions humaines pour la survie,encore moins pour pour celles requises pour de bonnes études.les étudiants nouvellement venus ne vivent qu'un calvaire et ils se trouvent dans l'obligation de le subir car animés par la volonté de reussir afin d'aider leur famille,comme d'ailleurs vous l'avez annoncé dans une de vos précédentes pages. aussi l'oignon gandiolais n'est pas epargné de difficultés et tout ceci découle d'une mauvaise politique de l'etat du senegal. en effet,l'etat n'a pas voulu arreter l'oignon importé à temps,afin de promouvoir le local à travers des prix considérables. l'exemple patant est que le marché de l'oignon est inondé par l'oignon importé. de plus,en préservant leurs intérets plutot que ceux des maraichers, les autorités gouvernementales pensent à plafoner à 250fcfa le kg de l'oignon local plutot que de penser à ceux du sucre,du lait,de l'huile ou encore de la boite de gaz.. deux questions méritent d'etre posées dans tout celà:
ablaye wade est-il du gandiol vu que le maraicher gandiolais est entrain d'etre sacrifié? Qui disait que la politique du senegal a accordé une importance particullière au mode rural?

Ousmane Gueye
Répondre

Salut tres cher Mamadou
Je suis honoré que vous ayez pris tout le temps que requiert l'intérêt intelectuel pour commenter nos articles. Les Gandiolais souffrent énormément et c'est sans possibilité de réagir que je les observe dans une meurtrissure sans précédent à l'Ucad. C'est dommage qu'il en soit ainsi. Mais il faut bannir la fatalité sous toutes ces formes et se dire que nous pouvons changer la donne. Merci encore une fois !

wafa
Répondre

salut !! je suis tunisienne et je vais étudier a Dakar a l université Cheikh Anta Diop mais je vois que les conditions sont indésirables . je voulais vos conseils s ils vous plait ..

Ousmane Gueye
Répondre

Salut dsl pour le retard aporté à la réponse à cette question. Merci pour votre interrogation. Je suis dsl que mon article vous ait amenée à vous inquiéter car telle nétait vraiment pas mon intention. Il ne faut pas vous decourager ca pourra aller. Je suis navré de constater que je ne suis pas un bon donneur de conseils.

Gautier Kodia
Répondre

Slt Ousmane.
C'est pas le fait de ne pas être un bon donneur de conseils que vous ne pouvez pas répondre à Wafa.En effet,comme elle je suis Congolais de Brazzaville et je rêve aussi étudier à Cheik Anta Diop,mais les témoignages précédents montrent que les conditions ne sont totalement pas aisées.Étant donnée que vous êtes sur place,cela n’empêche pas d'orienter des jeunes qui sont sur le point de faire un pas qui influencera tout le reste de leurs vie.S'il vous plait réagissez...

Ousmane Gueye
Répondre

Bonour très cher Gautier
Effectivement, vous avez raison. Je dois donner mon avis même si je me sens mal à l'aise dans cette inhabituelle posture consistant à prodiguer des conseils. A notre amie tunisienne, je fais donc savoir que les conditions ne sont pas faciles. Mais selon les nouvelles et commentaires que j'ai des étudiants de Dakar, les cours sont excellents. Sauf qu'un darwinisme social sélectionne semble t-il les plus forts à s'adapter psychologiquement à ce grand espace géographique surpeuplé qui s'appelle l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
J'espère que ma réponse est satisfaisante. Merci de l'intérêt que vous avez porté à cet article.

Gautier
Répondre

Chers Ousmane!
Je suis satisfait pour votre réponse,sauf que j'aimerais plus éclaircissement.
Quand vous dites que les conditions ne sont pas facile,voulez-vous faire à l’usions
à propos du Campus?

Ousmane Gueye
Répondre

Oui bien sûr très cher Gautier. C'est-à-dire que c'est un peu dur pour la vie au campus dakarois. Une bonne masse démographique qu'on fait avoisiner au chiffre de 65000 étudiants avec nombres de chambres très dérisoires.