Il était une fois, la République des privilèges

Ousmane GUEYELe montant de la fortune présumée de Karim Wade, fils de l’ancien président de la République du Sénégal, a quelque chose de déroutant : 694 milliards de francs CFA.  Après sa mise en demeure, vendredi dernier, il est désormais mis au défi d’apporter la preuve de son innocence. Et ce, pour éclairer la lanterne d’une frange de l’opinion sénégalaise pour qui le régime dit de l’Alternance a gouverné le Sénégal sous le mode du « deux poids, deux mesures ».  

Au regard des faits, Karim Meissa Wade a eu le mérite de refléter, à lui tout seul,  le Sénégal tel que le voulait manifestement le « révolutionnaire » Wade. D’un côté, des citoyens éclairés, intelligents et qui ne devaient répondre de rien, de l’autre, des sujets réduits à tout accepter jusqu’à l’inexprimable. Bien sûr que selon lui, Wade fils est dans la première classe et le papa ne s’est jamais lassé de le ressasser comme lors du 13ème  sommet de la Francophonie à Montreux.

Comme il n’est connu que de trop, le président partisan a couvert son fils de sa sollicitude de papa jusqu’à  débarquer Macky Sall de la présidence de l’Assemblée nationale. Idrissa Seck, Bara Tall, pour ne citer que ceux-là, ses opposants visiblement encombrants – et tous ceux qui passaient ou pouvaient passer  pour tels – étaient trainés pour un oui ou pour un non devant les tribunaux.

Passé ce Sénégal des riches et des pauvres, des justiciables et des privilégiés, ne faudrait-il pas  maintenant un pays où tous les individus répondent de leurs responsabilités respectives ? Que tous ceux qui pensent encore, par clientélisme -peut- être –  plus que par devoir de loyauté,  défendre le fils de leur idéologue passe encore. Mais dire que Karim Meissa Wade ne doit pas s’expliquer sonne comme une injure à tous les fils de ce pays. Qui est-il donc pour ne pas rendre compte de sa gestion ? Le protégé d’un ancien président de la République ? Le fils de Viviane ou le frère de Sindiély Wade ?

Certains de ses partisans affirment que les convocations répétées de Karim relèvent d’une ténébreuse machination politique en vue de l’écarter de la marche vers le pouvoir. C’est un prétexte ridicule s’il en est. Celui qui doit aujourd’hui répondre de ses avoirs supposés aurait demeuré un individu presqu’inconnu si ce n’était les soins exorbitants dont son papa l’avait entouré. Qu’il existe ou non n’a aucune incidence sur la marche de la République qui a déjà connu ses splendeurs et continuera d’en connaitre.

Il n’est pas besoin de faire du scandale autour de la mise en demeure qui lui a été faite. Il n’a jamais été dit qu’il est coupable de quoi que ce soit. Karim Meissa Wade bénéficie de la présomption d’innoncence. Possibilité lui est donc accordée d’apporter la preuve qu’il est aussi immaculé qu’il le prétend, aussi blanc que le boubou qu’il avait enfilé lors de sa dernière audition.

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Ousmane Gueye
Journaliste, blogueur, passionné de TIC et de sciences politiques

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