Autour du mariage chez les Peuls du Gandiol, interview avec Doulo Bambaado

Doulou Bambado Photo par Ousmane GUEYE

         « Par le passé, quand on annonçait le mariage d’une fille, sa maman achetait beaucoup de paquets de sucre et les distribuait aux voisins et parents« 

Il y a quelque temps, Doulo Bambaado -comme on le surnomme- nous avait accordé un entretien. C’était lors d’une cérémonie de mariage à Dégou-Niayes (dans le Gandiol), moment favori pour revenir avec lui sur les principaux rôles sociaux liés à l’institution « mariage » dans la communauté peule. C’est avec une grâce étonnante que le très jeune griot peul a accepté notre requête. Un bambaado-c’est-à-dire dont le rôle est de transmettre la tradition, chanter lors des cérémonies heureuses, etc.- pressé d’être interrogé sur ce qu’il sait dire avec passion.

Que signifie le rôle du « baabo », littéralement le père dans la tradition du mariage chez les Peuls ?

Ousmane, je te remercie pour avoir posé cette question car elle revêt une immense importance.

Par le passé, il existait la relation de parenté entre des frères et des sœurs  dont les parents partagent le même père ou la même mère. Cela existe encore aujourd’hui.Quand je veux donner la main de ma fille à quelqu’un, je désigne un de ces frères-là comme étant le père d’emprunt de ma fille, histoire d’honorer et de renforcer  la relation  de parenté. Ce frère qu’on désigne comme le papa de ma fille donnera la main de celle-ci en lieu et place du vrai papa que je suis.

Après avoir donné la main de ma fille, la famille et les voisins vont lui remettre des cadeaux. Mais, puisque ce dernier doit offrir le taureau qui sera égorgé au nom de son rôle de père d’emprunt, il lui sera donné la somme pour l’acheter.

Que signifie le rôle du « yummo », littéralement le père dans la tradition du mariage chez les Peuls ?

Cela procède de la même logique que le rôle du « baabo ». Il sera attribué à une fille, ou femme (au besoin) dont nos deux mamans respectives partagent le même père ou la même mère. Tout comme ce qui est attendu du « baabo », le « yummo » fera la même chose, à quelques nuances près. C’est une sorte de commerce. C’est pourquoi, de nos jours, le rôle de « yummo » n’est plus confiné dans le cercle familial. Mais il est élargi à tous les membres de la société. On peut l’attribuer à quelqu’un au nom de l’honneur qu’on veut lui rendre, ou tout au moins, au nom d’un apport considérable en biens matériel qu’on attend de lui.

Que signifie le rôle du « gorgol », littéralement le père dans la tradition du mariage chez les Peuls ?

La relation de « gorgol », c’est celle qui lie le fils d’un frère à la sœur de ce dernier. De cette relation particulière, il ressort que l’enfant est le fils de la sœur et que cette dernière est son « gorgol ». Ce rôle aussi a subi de fortes emprises de la modernité. Il n’est plus seulement concentré au niveau du cercle familial, mais peut est attribué à quiconque au nom du bénéfice qu’on peut espérer en retour !

Quant à la  « jeekiraado » ou « cuddoowo », c’est elle qui offre les pagnes à la mariée. Ces pagnes servent à couvrir le visage de cette dernière comme il est exigé lors du mariage. Leur accès est interdit à une veuve,  une divorcée aussi. La « cuddoowo » viendra donner un nom au futur bébé attendu du couple qui vient de se marier. Cette prérogative lui est reconnue.

Parlez-nous du « lal »

Par le passé, quand on annonçait le mariage d’une fille, sa maman achetait beaucoup de paquets de sucre et les distribuait aux voisins et parents. Le jour du mariage, ces derniers vont lui donner de l’argent et des cadeaux- qui peuvent être des bassines, des pagnes…

Le jour venu, les membres de la famille d’où part la mariée, étale des pagnes. Maintenant, c’est plutôt des nattes. Voilà ce qui est appelé « lal ». C’est sur ces nattes ou pagnes que les cadeaux seront reçus et les noms de ceux qui les ont apportés seront ostensiblement cités.

Quid du « caayo » ?

C’une veillée nocturne autour de chants à l’honneur de la mariée, faite à la veille de son mariage.

Quant au « Kakargol », c’est une façon de préparer la mariée à sa nouvelle vie conjugale. Lors de cet instant solennel, elle sera injuriée par les femmes qu’elle a trouvées là. Par ces moqueries et quolibets, on lui apprend à préparer la rivalité avec ses potentielles coépouses.

Entretenez-nous de la préparation du mariage chez la fille

Il y a plusieurs procédés chez les Peuls. Quand arrivait l’heure de sortir de chez elle pour rejoindre sa demeure conjugale, on exigeait à la fille de prendre des bains. Il lui était même interdit de passer par certains endroits. On lui couvrait le visage pendant au moins deux jours, tout cela s’est enfoui dans l’histoire.

Qu’est ce qui a changé dans la façon des Peuls de célébrer le mariage ?

Auparavant, tu ne pouvais même pas connaitre ton épouse, c’est ton papa qui allait faire toutes ces démarches et sceller l’union. Tu ne peux dévisager ta femme que deux jours après sa venue.

Aujourd’hui, tout a changé. On serait même tenté d’affirmer que c’est la fille qui va demander la main du garçon. Le griot, le « bambado » n’arrive plus à nourrir son violon, son « hoddou ». Quand il se met à chanter, sa voix se noie dans le brouhaha des tubes de la musique moderne. Un pan de notre tradition peule s’est écroulé.

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Ousmane Gueye
Journaliste, blogueur, passionné de TIC et de sciences politiques

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