L’étrange destin de Karim

Source: http://burkina24.com/
Source: http://burkina24.com/

Le mandat de dépôt émis contre Karim Meissa Wade vient réprimer les espoirs de ceux qui pensaient si légèrement pouvoir le tirer d’affaires. Dans une lettre aux Sénégalais datant du 03 Juillet 2011, l‘ex- petit prince de la République s’offusquait du fait qu’il est « jugé dans des procès sans défense, « condamné » sans recours possible ». Et ce, sans jamais qu’il soit « entendu ». Désormais, il peut s’enorgueillir de la perspective que ce sera chose possible. Car dans le silence de sa citadelle carcérale, celui qui n’a « jamais perdu » aura tout le loisir d’affûter son argumentaire.

Il est sans cœur, le destin ! Comment, en si peu de temps, le fils si abondamment louangé est-il tombé, loin de son protecteur de père, proie de  la curiosité des médias, dans l’impuissance la plus absolue ?  Il y a quelque temps, évoquer ce scénario tenait encore de la gageure. Et ce, parce que simplement fils d’Abdoulaye Wade, Karim Meissa restait hors de toute obligation de répondre de sa gestion.

C’est pourquoi, n’en déplaise à tous ceux que l’idée ennuiera, sa chute est un événement. Une chute tout aussi fracassante qu’instructive. Désormais, dans la marche de la République – j’entends de toutes les Républiques qui se respectent-, les fils apprendront à s’éclipser au profit des citoyens tout comme les histoires d’amour et d’affection seront circonscrites dans les strictes limites du privé.

Abdoulaye Wade nous avait habitués à ses sorties ridicules où il s’épanchait sans jamais s’interrompre sur ses états d’âme. S’il ne nous parlait pas du « fils  biologique », c’est du « fils adoptif » qu’il nous entretenait. Il ne manquait presque jamais l’occasion de faire allusion au champ lexical de la famille.

L’ancien président de la République avait poussé le guignolesque jusqu’à spéculer sur le nom de son successeur. Et c’est là où gît le drame : dans cette conviction messianique qu’un locataire du palais doit choisir la couleur de notre destin. Vous rappelez vous encore cette phrase aux accents divins : après lui, Wade avait annoncé que ce sera le chaos. Hélas, ce propos aux allures de lapsus est bien souvent une vérité chez nous. Nos dirigeants ont la manie de jouer aux « présidents-sorciers » ne retenant de la démocratie que celle dite « procédurale ». C’est un escamotage bien calculé car la démocratie, si complexe, est plus qu’un moment électoral, elle consiste dans cette vigilance que chaque citoyen doit exercer sur lui-même et sur ceux qui le dirigent. Et ce, dans l’esprit que lui imprime Pierre Rosanvallon : « La seule définition universelle possible de la démocratie est ainsi celle qui en radicalise les exigences ».

Le passage de Karim Meissa Wade par la cage Rebeus n’est pas dépourvu de symbole. Il implique que la prison est une fossoyeuse des clivages sociaux et que donc, en dépit de nos différences, chacun d’entre nous y a sa place. La seule astuce qui vaille pour y échapper, c’est d’être fidèle, non à l’affection aveugle et aveuglante d’un père, mais de la vérité. Au fond, pour être juste, Abdoulaye Wade aurait simplement pu commencer sa phrase par cette apostrophe : « Karim, après moi, c’est le chaos ».

The following two tabs change content below.
Ousmane Gueye
Journaliste, blogueur, passionné de TIC et de sciences politiques

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *